Le Masevaux légendaire

Publié le par Denis FLUHR

Le Masevaux légendaire

S’il est vrai que de nombreuses rues de Masevaux ont été renommées en mémoire d’événements et héros des deux dernières guerres, il en est aussi quelques unes qui évoquent un passé beaucoup plus lointain, sondant les origines mystérieuses du bourg centre de la vallée de la Doller.

L’énigmatique Mason

C’est le cas par exemple de la rue Mason, située à l’entrée sud-ouest de la ville. Cette rue désigne le fondateur présumé de la cité, un membre de la famille ducale d’Alsace qui au VIIIe siècle de notre ère aurait possédé le territoire de la vallée de la Doller. À vrai dire, ce personnage, tantôt désigné comme comte, tantôt comme prince et même roi, est totalement inconnu de l’historiographie officielle de la région. Sa légende s’est uniquement forgée au sein de l’ancienne abbaye de Masevaux, un couvent de femmes qui aurait été fondé par ce Mason après que son fils unique se soit noyé dans la Doller. Les moniales de Masevaux (« Masmünster » en allemand) auraient ainsi été chargées de conserver la dépouille de l’enfant et de prier à perpétuité pour le salut de son âme. L’abbaye a disparu à la Révolution, et un petit sarcophage de plomb, contenant soi-disant les reliques du fils de Mason, a été transféré en 1842 dans la nouvelle église Saint-Martin. Après le spectaculaire incendie de cet édifice en 1966, les restes retrouvés de la caissette ont été enfouis dans une chapelle de l’église reconstruite, où une plaque de grès rappelle le souvenir de l’enfant.

Le mystérieux rocher du Ringelstein

La rue du Ringelstein, dans le quartier dominant le cimetière de Masevaux, évoque elle aussi un lieu mythique de la cité médiévale, en lien avec la légende de sa fondation. Le « Ringelstein » désigne un énorme bloc rocheux se trouvant à l’entrée de la ville en venant de Lauw, sur la rive droite de la Doller. C’est à proximité de ce rocher que le fils de Mason se serait noyé, un jour qu’il s’était éloigné du château familial établi en ces lieux. Notons que l’existence d’un édifice fortifié est attestée à plusieurs reprises au Moyen Age, corroborée d’ailleurs par la toponymie ancienne : « Schlossfelsen » et « Schlossmatten ». Selon les historiens, ce château aurait été la demeure d’une famille noble « Von Massmünster », qui s’est éteinte au XVIe siècle. Une autre légende indique que le Ringelstein est le dernier vestige d’un monumental barreau rocheux qui aurait autrefois barré l’entrée de la vallée de la Doller, dont la surface était alors entièrement occupée par un grand lac.

L’effroyable carrosse du Montori

A proximité de la rue du Ringelstein se trouve celle du Montori, un nom étrange et mystérieux lié lui aussi à une ancienne légende masopolitaine. On dit qu’il y avait autrefois un château nommé Montori sur la crête dominant la ville, du côté du Territoire de Belfort. Ce château aurait été bâti par un certain Ori, membre de la famille comtale de Ferrette qui régnait sur la région au Moyen Age. Certaines nuits, les terribles seigneurs du lieu descendaient bruyamment vers Masevaux dans un carrosse tiré par des chevaux blancs sans tête, semant l’effroi sur leur passage. Les habitants de la ville devaient se cacher à l’approche de cet attelage infernal, qui tantôt allait rejoindre l’hôtel de ville, tantôt le château seigneurial, ou parfois même s’abîmer dans la Doller. Malheur à ceux qui osaient regarder ce spectacle ! D’après un récit de cette légende paru en 1930 dans le « Neuer Elsässer Kalender » sous la plume de Pierre Dieterich, la carriole du Montori aurait été aperçue pour la dernière fois en 1913, annonçant par là même les horreurs de la Première Guerre. Quelques anciens habitants de Masevaux se souviennent encore d’avoir entendu cette légende, mais aucun d’eux n’a jamais vu passer l’effroyable messager… Quant au château du Montori, nul ne sait s’il a réellement existé et quelle fut sa fonction. Seules quelques pierres éparses sont visibles sur le lieu-dit, récemment dégagé et balisé par le Club Vosgien.

Publié dans Masevaux

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